Histoire du Québec

Armes des Sauvages

Armes des Sauvages

Leurs armes offensives et défensives étaient et sont encore en partie les mêmes, dont on s’est servi presque partout depuis les premiers temps jusqu’à ce qu’on ait inventé les armes à feu, qu’on leur a communiquées par une mauvaise politique; savoir l’arc et la flèche, dont on attribue la première invention aux Crétois; le javelot, le casse-tête ou la masse d’armes, le bouclier, la cuirasse, le casque.

Leurs arcs sont faits de bois de cèdre rouge, ou d’une autre sorte de bois fort dur, et durci au feu. Ils sont droits, et à peu près de leur hauteur, leurs flèches sont faites de roseau, et sont empennées de plumes de quelque gros oiseau, et au lieu de fer ils y appliquent, avec une colle de poisson très forte, des os ou des pierres tranchantes et taillées à plusieurs crans pour rendre la plaie plus dangereuse. La plupart des nations caraïbes les empoisonnent, de sorte que la moindre blessure en est mortelle. Je n’ai pas ouï0dire qu’aucune nation de l’Amérique septentrionale ait l’usage ou le secret de les empoisonner. Ils remplissent de ces flèches leur carquois, qui est fait d’écorce, et couvert d’une peau passée et ornée. Quelques peuples au lieu de carquois passent leurs flèches dans leurs cheveux de la même manière que dont en usaient autrefois les Éthiopiens.

Le casse-tête, ou masse d’armes, tient lieu d’épée et de massue, il est de racine d’arbre, ou d’un autre bois fort dur, de la longueur de deux pied et demi, équarri sur les côtés, et élargi ou arrondi à son extrémité de la grosseur du poing. On en voit de différentes sortes dans les figures que des Européens font graver.

Leurs boucliers étaient d’osier ou d’écorce, couverts d’une ou de plusieurs peaux passées, il y en a qui ne sont que d’une peau fort épaisse. Ils en avaient de toutes grandeurs et de toutes formes de figures.

Leurs cuirasses étaient aussi un tissu de bois, ou de petite baguettes de jonc, coupées par longueurs proportionnées serrées fortement l’une contre l’autre, tissues et enlacées fort proprement avec de petites cordes faites de peau de biche ou de chevreuil. Ils avaient des cuissards et des brassards de la même matière. Ces cuirasses étaient à l’épreuve des flèches armées d’os ou de pierre; mais elles ne l’eussent pas été de celles qui sont garnies de fer. Je ne sache pas qu’elles fussent en usage en Amérique ailleurs que dans la septentrionale.

Depuis que les Européens ont commencé à troquer avec les Sauvages des fusils, de la poudre et des balles, ceux qui sont à portée d’en avoir ont presque abandonné leurs autres armes, surtout les défensives, qui n’étant pas capables de les garantir d’une balle de mousquet ne sont plus propres qu’à les embrasser au lieu de les servir. Les peuples les plus reculés, et qui sont assez heureux pour ne pas nous connaître, en usent peut-être encore.

Ils ne se servent pas volontiers de nos épées de la manière dont nous nous en servons; mais ils les emmanchent au bout des bâtons qu’ils lancent avec raideur comme les javelots, ou qu’ils manient en guise de pique ou d’esponton.

Les peuples du Chili (Amédée-François Frezier, Relations du voyage de la mer du Sud, p.58. Paris, 1716), ont des frondes, et sont fort adroits à la chasse à lancer des cordes dont ils embrassent les animaux; je ne sais s’ils s’en servaient dans les batailles, comme autrefois les gladiateurs, qu’on appelait restiaires, s’en servaient dans les combats du cirque.

Thévet (André Thévet, La Cosmographie universelle, XXI, ch. 1, p. 905b, 2 vol., Paris, 1575, vol.II) parle aussi d’une autre sorte d’arme, dont usent les Patagons, ou les géants voisins des terres australes, et situés dans une île à l’extrémité de l’Amérique. Ce sont, dit-il, « de certains boulets gros et pesants, qui sont pris d’une mine fort claire : et sont ces boulets tout ronds, lesquels ils accoutrent tout ainsi qu’on fait par-deçà des plombées, avec une corde faite de nerfs de bête. Cette sorte d’armes est celle qu’ils ne laissent jamais, soit qu’ils en sont si bons maîtres que, de la longueur de leur corde, ils ne faudraient atteindre ce à quoi ils visent. Encore les jettent-ils sans qu’ils ne se soucient guère de frapper là où ils auront pris leur visée, et la bête sera bien de grande vie, et aura les os bien durs, si cette grosse boule ne les lui amollit et casse tout à net : et l’ayant tuée la portent sur leurs épaules en leurs cabanes. Il vaudrait autant être atteint d’une balle de plomb d’arquebuse.

On doit mettre au nombre des armes l’étendard que les guerriers portent pour se reconnaître. C’est une écorce en rond, où sont peintes les armoiries de la nation, ou quelque autre signe distinctif, attaché au bout d’une longue perche, comme les autres étendards, dont on use dans nos armées.

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Photo: Histoire-du-Quebec.ca