Histoire du Québec

L'agriculture, l'industrie, les exportations en France au XIXe siècle

L’agriculture, l’industrie et les exportations de marchandises en France au XIXe siècle

L’agriculture

L’agriculture française, relativement prospère durant la première partie du siècle, connaît ensuite de graves difficultés en raison de son faible dynamisme et de la vive concurrence étrangère.

Bien que la France soit restée un pays à dominante rurale, et que son agriculture ait été protégée de la concurrence étrangère jusqu’en 1860, puis à partir de 1892, le taux de croissance de son produit agricole est resté très faible durant ce siècle. Il est en particulier constamment inférieur à celui de la Grande-Bretagne.

Cela s’explique par le fait que l’Angleterre spécialise sa production, organise l’exode rural avec les lois sur la clôture obligatoire des terres (les « enclosures »), surtout durant les années 1780 – 1820, puis allège en 1846 les droits de douane sur les céréales importées, avant de les supprimer totalement en 1849 (abolition des « corn laws ») : tout cela contribue à accroître sensiblement la productivité de son agriculture.

En France, en revanche, la Révolution a permis le maintien et la consolidation d’une petite et moyenne propriété foncière, capable de survivre à l’abri des barrières douanières, mais n’ayant ni les moyens financiers ni l’obligation de se transformer.

Or, après la croissance des années 1820-1840, les débouchés de la production agricole, limités au marché intérieur, stagnent en raison de la faible croissance démographique, alors que les autres pays d’Europe, l’Angleterre en particulier, voient leur population augmenter rapidement.

Ainsi, la population française ne passe que de 36 millions en 1851 (contre 26 en Grande-Bretagne) à 40 millions en 1911 (contre 46 au Royaume-Uni). En 1851, la population rurale représente en France 75% de la population totale (et seulement 52% en Angleterre); en 1911, sa part est encore de 56% en France (et de 27% seulement en Angleterre).

Ce manque de vigueur de la natalité française peut se comprendre – du moins en partie – par le désir des petits agriculteurs d’éviter le morcellement de la propriété : en effet, Napoléon a institué la règle du partage égale des terres entre héritiers, alors qu’en Grande-Bretagne prévalait le droit d’aînesse.

Ces structures figées expliquent que les progrès de la productivité agricole (croissance de la production par agriculteur) soient inexistants en France à partir du milieu du siècle, alors qu’ils augmentent en Grande-Bretagne par rapport à la première moitié du siècle.

Il faudra attendre la fin des années 1890 pour que les effets conjugués des « tarifs Méline » et de la reprise industrielle (augmentant les revenus) accroissent la demande de produits agricoles intérieurs. Le protectionnisme sauve ainsi l’agriculture française. Après la crise des années 1870 – 1880, en maintenant le prix des denrées agricoles. Mais il ralentit le déplacement de la population rurale vers les villes industrielles, pèse sur les coûts de production salariaux (largement tributaire du prix des produits alimentaires) et sur celui des matières premières importées. Il freine ainsi les progrès industriels, tout en compromettant les progrès ultérieurs d’une agriculture parcellaire peu dynamique.

Aperçu de la croissance agricole française au XIXe siècle

La France produit environ 90 millions de quintaux de céréales vers 1820, 140 vers 1870 et 150 vers 1910. Elle produit vers 1820 environ 40 millions d’hectolitres de vin et 80 en 1810, alors que la production de viande passe d’environ 500 millions de tonnes, en 1820, à 1 milliard vers 1870 et 1,5 milliard vers 1910.

L’industrialisation en France au 19e siècle

La croissance industrielle est en France régulière et substantielle, mais peu spectaculaire et sans phase de brutale accélération comme en Angleterre, en Allemagne ou aux États-Unis.

Le taux de croissance de la production industrielle est estimé à environ 2% par an entre 1815 et 1914 (de l’ordre de 2,5% jusqu’au milieu du siècle, aux alentours de 1,5% jusqu’aux années 1890 et plus de 2% de la fin du siècle à 1914; en Grande-Bretagne, il serait d’environ 3,5% de 1815 à 1900).

Cette croissance importante en longue période de la production non agricole s’appuie sur le développement des nouvelles techniques permettant une évolution favorable de la productivité du travail industriel (rapport entre la production et la main-d’oeuvre utilisée). Sa mesure est cependant difficile, en particulier à cause des incertitudes concernant la population effectivement employée dans l’industrie et la durée réelle du travail.

Ainsi, selon J. Marczewski, le taux de croissance de la productivité a été de l’ordre de 1,6% par un des années 1830 aux années 1860, et de 1,1% des années 1860 aux années 1890. Selon M. Levy-Leboyer, ces gains de productivité ont augmenté de 0,7% par an de 1841 à 1866, de l’ordre de 1,2% de 1876 à 1891, et de 1,7% de 1896 à 1911. Pour ce dernier, on assiste donc à une amélioration progressive de la productivité du travail (excepté cependant durant le début des années 1890).

Quoi qu’il en soit, l’essor industriel de la France est incontestable à partir de la fin des années 1839m comme en témoigne le développement de son réseau de voies ferrées (qui passe de 3 000 km en 1850 à 17 500 km en 1870 et à 50 000 en 1913). Il est attesté aussi par la croissance des industries textiles, minières et sidérurgiques, ces deux dernières bénéficiant de ce nouveau moyen de transport en étant amenées à produire l’énergie, les rails, les wagons…

La performance française n’est donc pas négligeable, bien qu’elle soit inférieure à celle de l’Angleterre durant les deux premiers tiers du siècle, et à celle des États-Unis et de l’Allemagne dans le dernier tiers.

Production de houille et d’acier entre 1790 et 1913, en millions de tonnes :

  • 1800 France 1,0 houille – G.-B. – 10,0 USA 2,1. Allemagne 1,0
  • 1840 3,0, Acier 0,2. G.-B. 30,0. USA – 2,1. Allemagne – 0.1
  • 1913 – 40,0 – 3,6 – 290,0 – 9,0 – 510,0 – 31,8 – 190,0 – 17,0.

Les exportations de marchandises en France au XIXe siècle

Les exportations de marchandises ont joué un rôle moteur dans le développent économique de la France et de l’Angleterre depuis les origines de la « Révolution industrielle ».

Le développement des échanges internationaux constitue une caractéristique fondamentale de l’évolution économique du XIXe siècle, mais également un facteur explicatif de la croissance de la production industrielle.

Si la France n’exporte que 5 à 6% de sa production dans le premier tiers du siècle, ce rapport est de l’ordre de 13% dans les années 1860 et dépasse 20% 20% après 1900.

Pour mieux saisir l’effet entraînant des exportations de marchandises sur la production industrielle intérieure, il convient de rapporter leur accroissement à celui du produit industriel. On s’aperçoit alors que le rapport entre la décennie 1835 et 1834 et la décennie 1855 – 1864, et dépasse les 30% après 1870.

Cette montée peut en partie s’expliquer par la conquête coloniale entrant dans une phase active après 1880, et qui provoque une augmentation non négligeable des exportations à destination de l’Empire. Cependant, la part des échanges avec les colonies dans le total du commerce extérieur française reste modeste en 1910 : environ 12% pour les exportations et 10% pour les importations.

Malgré ce développement des exportations, la part des articles manufacturés a baissé entre 1850 et 1900 (56% contre 65%), alors que celle des produits alimentaires est presque identique (environ 30%; en revanche, celle des matières premières industrielles augmente de 5 à 14%. Cela peut expliquer le fait que le solde des échange extérieurs de marchandises est constamment négatif à partir de la fin des années 1870 : les exportations ne couvrent en général que de 70% à 90% des importations de 1876 à 1913.

Le phénomène est le même en Grande-Bretagne, qui bien qu’exportant 40% de sa production vers 1900 a un solde extérieur négatif. Mais l’Angleterre bénéficie des revenus du commerce, de l’assurance et des investissements extérieurs; ces entrées considérables lui permettent de supporter un déficit croissant de ses échanges extérieurs (et beaucoup plus important que celui de la France). De ce point de vue, la France connaît la même évolution, mais sur une échelle plus réduite (car son rôle de transporteur et d’investisseur international est moindre) et avec un temps de retard important (car ses placements de capitaux à l’étranger seront plus tardifs.

Roseraie

Roseraie. Photographie par Megan Jorgensen.