Histoire du Québec

Passage Nord-Ouest

Recherche du Passage Nord-Ouest

Lorsqu’ils eurent décidé de chercher à atteindre Cathay par le nord, les Anglais se trouvèrent devant un choix : fallait-il passer par l’est ou par l’ouest? Ce choix ne fut jamais tranché de façon définitive; les deux routes eurent tout à tour les faveurs… L’histoire des expéditions du grand Nord revêt un caractère d’alternance et non de progression continue.

Pour deux raisons – l’une économique l’autre géographique – on rechercha initialement à découvrir le passage du nord-est. Se fiant aux écrits des géographes arabes, John Dee et d’autres théoriciens du XVIe siècle soutinrent qu’une fois doublé le cap Tabin (un cap mythique correspondant en gros à l’actuelle presqu’île de Taimyr, au nord de la Sibérie), la côte s’inclinait progressivement vers le sud-est et qu’au-delà l’explorateur rencontrerait des eaux relativement plus tempérées.

Cette promesse d’un voyage facile se trouvait renforcée par la perspective de gains commerciaux ; la route du nord-est pouvait être pouvait être profitable à l’Angleterre. La production d’étoffes et de gros draps constituait l’industrie majeure du pays. On pensait que les terres en bordure du passage du nord-ouest n’étaient habitées que par des sauvages ce contenant de peaux et fourrures, alors que les habitants de Cathay, jouissant d’une civilisation plus avancée, échangeraient de la soie contre les bons tissus anglais. Le passage du nord-est offrait un intérêt supplémentaire. En admettant que, pour une raison quelconque, l’on rencontrât des obstacles infranchissables à l’extrémité de ce passage, les efforts déployés ne le seraient pas en vain et l’on pourrait commercer avec les peuplades habitant le littoral parcouru lors des premières étapes.

En conséquence Sir Hugh Willoughby appareilla avec trois navires pour Cathay en 1553. Sa petite escadre fut dispersée par des tempêtes, mais il réussit à faire franchir à son navire la pointe septentrionale de la Norvège et à redescendre le long du littoral, qui s’inclinait vers le sud-est en direction de l’archipel de la Nouvelle-Zemble. L’automne approchant, il se retira pour hiverner en Laponie. Ignorant l’art de construire un igloo, l’équipage demeura à bord. Le froid, le scorbut, tuèrent Willoughby et ses hommes avant la venue du printemps. Entre-temps, Richard Chancellor, le second de l’expédition, était entré en mer Blanche avec son bâtiment et avait gagné Arkhangelsk. Par terre, il se rendit à Moscou. La recherche du passage se soldait par un échec, mais l’expédition permit l’établissement d’intéressants liens commerciaux avec la Russie; au-delà de la Nouvelle-Zemble, les contacts promettaient d’être plus fructueux encore.

L’expédition suivante eut lieu en 1556, sous la conduite de Stephen Burrough. Cette reconnaissance remarquable fut l’oeuvre d’un minuscule navire, le Searchthrift, dont l’équipage se composait de huit hommes seulement. Burrough a décrit son départ en des termes .émouvants. Alors âgé de quatre-vingt ans, Sébastien Cabot, le navigateur le plus vénéré à l’époque, se rendit en personne à Gravesend pour lui faire se adieux.

Cabot était « accompagné de divers gentilshommes et gentillesdames qui, après avoir visité notre pinasse et goûté ce que nous pouvions leur offrir, ont regagné le rivage, non sans accorder de justes remerciements à l’équipage… Puis à la taverne « Christophe », ses amis et lui ont banqueté en poussant des acclamations en mon honneur et en celui de mes hommes, et tant sa joie était grande de nos découvertes à venir qu’il se mêla à la danse, au milieu de la jeune et vigoureuse compagnie; ensuite ses amis et lui prirent congé le plus gentiment possible en nous recommandant à la protection du Dieu Tout-Puissant. Des mois de navigation dans l’inconnu, d’effroyables tempêtes glacées attendaient Burrough et ses hommes, mais le souvenir de ce joyeux adieu leur restera en mémoire.

Le petit bateau progressa vers la Nouvelle-Zemble, en dépit des périls que lui furent courir le mauvais temps, la brume, les glaces. Un jour, une baleine aussi grosse que le Searchthrift émergea le long du bord. Burrough découvrit l’île de Vaigarch, entre la Nouvelle-Zemble et la terre ferme. Contournant l’île, il constata que les glaces barraient l’entrée de la mer de Kara.

Il entra en contact avec les Samoyêdes, appartenant à des tribus nomades, mais hélas fort peu chinois. « Leur idoles sont pires que tout ce que j’ai jamais vu », écrit Burrough, « les yeux et la bouche de certaines d’entre elles sont sanglants. Elles ont des formes très grossières d’homme, de femme, d’enfant, et leurs autres parties sont également tachetées de sang ». Richard Johnson, un des hommes de l’expédition, décrivit plus tard les rites saugrenus d’un prêtre: Le Samoyède chauffa un sabre au feu, se le plongea, j’en eue l’impression, à travers le corps, du nombril au dos. La pointe en ressortant perça la chemise, et je la touchai du doigt. Ensuite, il retira le sabre et s’assit ».

Devant l’avance des glaces, Burrogh fut obligé, comme Willoughby, de se retirer. In rentra en Angleterre, après un hivernage heureux près d’Arkhangelsk.

Satisfaits des résultats obtenus par leur commerce avec la Russie à travers la mer Blanche, les marchands qui avaient financé l’expédition marquèrent une pause. D’ailleurs, les tenants du passage du nord-ouest et du passage du nord-est s’affrontaient vivement et il était prudent d’attendre que la discussion s’apaisât.

D’après L’Âge des Découvertes par John R. Hale et les Rédacteurs des Collections Time-Life, 1967.

canon_parc_drapeauCanon dans le parc Jean-Drapeau de Montréal. Crédit photo: Histoire-du-Québec.ca