Histoire du Québec

En quête du Passage Nord-Est

En quête du Passage Nord-Est

Les échecs de Frobisher entraînèrent la faillite de ses commanditaires et une notable baisse d’intérêt pour l’exploration du passage du Nord-Ouest. L’agression turque contre la Perse, coupant la route commerciale qui amenait un puissant flot de marchandises orientales jusqu’à la Volga, puis à Arkhangelsk, ressuscita l’intérêt des Anglais pour le passage du Nord-Est. En 1580, une expédition fut donc lancée dans cette direction.

Compte tenu de l’époque, la préparation fut excellente et Stephen Burrough fut à nouveau rappelé comme conseiller.

John Dee, qui s’enthousiasmait pour tout voyage pourvu qu’il s’engageât vers le nord, apporta un concours théorique aux intéressés en leur affirmant qu’aucun point de la côte asiatique ne se trouvait à une latitude supérieure à celle de la pointe septentrionale de la Norvège. Willoughby et Burrough ayant tous les deux doublé la Norvège par 71 de latitude nord, l’annonce augurait favorablement du voyage. En fait, la péninsule de Taïmyr, dont l’extrémité se trouve par 78 nord, dans les parages de la calotte glaciaire permanente, constituait un obstacle infranchissable, même pour les plus gros des voiliers.

Dee pouvait se prévaloir de l’opinion du plus célèbre géographe européen de son temps : Gerhardus Mercator n’avait-il pas écrit à Richard Hakluyt en ces termes : « Le voyage vers Cathay par l’est est sans aucun doute très aisé et court, aussi me suis je souvent étonné qu’une exploration si bien commencée ait été abandonnée ».

L’expédition comptait deux vaisseaux, placés sous le commandements respectifs de Arthur Pet et de Richard Jackman; ils devaient suivre la route empruntée par Burrough jusqu’à la mer de Kara, puis doubler le cap Tabin, et dresseer la carte de la côte à mesure qu’ils progressaient.

La traversée devait durer moins d’un mois, affirma Dee. Une fois dépassé le cap Tabin, ils pouvaient soit se rendre directement à la capitale de l’empire de Cathay, en empruntant l’Oecharde (il s’agissait en fait de la Léna, ou du moins d’un cours d’eau sibérien imaginé par certains géographes à partir de renseignements recueillis au Moyen Âge sur la Léna), soit mettre cap au Sud-Est et atteindre Quinsay (Hang-Tchéou), le grand port du Nord de la Chine. Ensuite ils pourraient gagner le Japon et recueillir toutes les informations utiles sur le voyage de Sir Francis Drake qui, croyait-on, s’était présentement engagé dans le Pacifique. En cas de rencontre, ils devaient le piloter par le passage du Nord-Est, pour lui éviter le long retour par l’océan Indien.

Le 30 mai 1580, Jackman avec le William, Pet avec le George, quittèrent Harwich. Au mois d’août, ils se débattaient contre les glaces en mer de Kara; ils repoussaient des icebergs, s’amarraient à une masse de glace pour reprendre leur souffle, larguaient en catastrophe pour éviter de se faire écraser par un autre iceberg, se perdaient de vue, se retrouvaient. Ils cheminaient, harassés par les grands fantômes blancs, dont les rangs confus se séparaient pour mieux se reformer autour d’eux. L’épuisement les contraignit à faire demi-tour et Pet, après avoir bataillé contre les tempêtes, rentra au port avec un équipage à bout de forces. Jackman et tous ses hommes périrent lorsque le William sombra au large de la Norvège.

D’après L’Âge des Découvertes par John R. Hale et les Rédacteurs des Collections Time-Life, 1967.

willem_barents_hivernageQuartiers d’hiver d’expédition de Barents dans l’Arctique par Jean-Theodore de Bry, d’après Gerrit de Veer, India Orientalis, folio III, 1598, Section des Livres Rares, New Your Public Library (Robert Kafka).Willem Barents et ses hommes parvinrent à construire une cabane avec une partie de la charpente de leur navire. Tassés autour d’un feu, ils réussirent à survivre l’hiver arctique. Ce dessin est l’oeuvre d’un des hommes de l’équipage. Ils alimentaient leurs lampes à la graisse d’ours et se baignaient dans un tonneau en bois (à droite). Barents ne survécut quelques jours à ce terrible hiver. Moins de la moitié de son équipage regagna les Pays-Bas.