Histoire du Québec

14 juillet 1789

14 juillet 1789

Au milieu de ce soulèvement général contre un ordre de choses maudit, fixons nos yeux sur un point de la France qui servira plus tard de quartier général aux entreprises de la Gironde.

En ce temps-là, deux régiments stationnaient à Caen, dans la caserne dite de Vaucelles; c’étaient le régiment d’Artois et le régiment de Bourbon. L’un portait une médaille qu’il avait reçue quelques jours auparavant comme signe de récompense pour son dévouement à la cause commune: il tenait pour le peuple, dont il était aimé; l’autre, composé de jeunes officiers attachés au parti royaliste et de soldats gagnés, inspirait dans la ville une grande défiance. [Note: On assure que des soldats du régiment de Bourbon auraient arraché la médaille nationale à des soldats d’Artois qui étaient sans armes.] La haine et les soupçons des bourgeois portaient principalement sur Henri de Belzunce, major en second du régiment de Bourbon.

Les troubles qui avaient agité Paris, dans les journées du 13 et du 14 juillet, avaient produit dans toute la France un ébranlement général. La disette des blés tenait surtout la Normandie en rumeur. Le peuple de Caen, persuadé que les accapareurs étaient cause de la famine, vint en armes et avec menaces demander qu’on les lui livrât. Les autorités de la ville lui permirent de brûler, s’il en trouvait, les magasins où de riches propriétaires entassaient les grains. Une bande de turbulents se répandit alors dans tous les quartiers de la ville et incendia deux maisons. Cela fait, la colère du peuple se calma, et le conseil ayant pourvu à l’approvisionnement des marchés, tout rentra dans l’ordre. Le comte Henri de Belzunce, avec la témérité d’un jeune homme de dix-huit ans, se montra, dans cette journée, pour les mesures violentes. La conduite sage des autorités lui fit pitié; il eût voulu que l’on comprimât du tels mouvements par la force des armes…

Si j’ai décrit la mort d’Henri de Belzunce avec quelques détails, c’est que de Caen partira plus tard le bras qui doit enfoncer le poignard dans le sein d’un des chefs de la Montagne, et que de graves historiens du temps ont prétendu avoir été armé par le souvenir de cette sanglante tragédie, et par l’horreur des citoyens de cette ville pour les excès de la Révolution.

Passant, il y a quelques années, à Caen, j’avisai dans la cour de l’hôtel de ville une colossale statue de Judith.–Je songeai malgré moi, dans le moment, à une autre vengeance de femme.

La ville de Paris vue des cieux. Photo par Megan Jorgensen.

La ville de Paris vue des cieux. Photo par Megan Jorgensen.

Louis XVI – Un souverain dépassé par les événements

Face à la gravité du problème fiscal, aux désirs de réformes du peuple, et au conservatisme des privilégiés, le roi hésite entre l’autoritarisme et la démission (1774-1792).

Louis XVI, petit-fils de Louis XV lui succède en 1774, à l’âge de vingt ans.

Lois XVI est né en 1754 du mariage du Dauphin Louis avec Marie-Josephe de Saxe, et épouse en 1770 Marie-Anoinette d’Autriche, fille de l’empereur François 1er et de Marie-Thérèse. On voyait là le prolongement de l’alliance autrichienne qui sera évoqué le « complot » autrichien discréditant le roi.

Turgot et Necker

Peu porté, comme son grand-père, vers les choses de la politique, leur préfèrent les science ou les travaux manuels (tels que l’horlogerie, ou la serrurerie), d’une physionomie joviale, Louis XVI ne sera pas à la hauteur des difficultés à venir, et s’entoure de ministres inégalement compétents. Le plus audacieux est d’abord Turcot, qui veut défendre la libre circulation des grains et s’attaquer au système des corporations et qui supprime les corvées en 1776. Face à l’hostilité que ces mesures provoquent, le roi renvoie Turgot et appelle Necker (1777). Banquier genevois, il bénéficie d’un préjugé favorable dans l’opinion, et lance avec succès des emprunts permettant de renflouer les caisses de l’État. Mais les velléités de réforme de Necker, critiquant les gaspillages de la Cour, motivent son envoi (1781).

Calonne et Brienne

La cour impose alors Calonne (1783) qui endette l’État d’une façon excessive pour mener une politique de grands travaux. Cela présente pourtant l’intérêt de soutenir l’activité et d’améliorer les voies de communication (construction de canaux…). Mais le traité commercial signé avec l’Angleterre en 1786 a pour effet d’introduire massivement les produits manufacturés anglais sans que pour autant les exportations de denrées alimentaires françaises profitent à l’ensemble de la paysannerie.

La France traverse en effet à cette époque une crise économique d’autant plus mal supportée qu’elle fait suite à une période de croissance qui s’est achevée autour de 1770. Après un palier de quelques années, des difficultés apparaissent aussi bien dans l’industrie textile, que dans le bâtiment, l’élevage ou la production céréalière. De même, la prépondérance anglaise et la guerre d’Indépendance des États-Unis d’Amérique (1778-1783) à laquelle la France participe réduisant les possibilités de profit par le grand commerce lointain, et aggravent les besoins d’argent de l’État.

La politique de Calonne n’améliore donc pas la situation, et se projets de réformes fiscales mécontent les privilégiés qui obtiennent son départ (1787). Il est aussitôt remplacé par Loménie de Brienne, qui reprend cependant les idées de Calonne, renvoie l’Assemblée des Notables, cherche à imposer des mesures fiscales que le Parlement de Paris refuse, en appelant aux États Généraux, Brienne cherche alors un compromis, rappelle le Parlement, fait convoquer par le roi un lit de justice et propose la convocation des États Généraux pour 1792. Devant l’opposition persistante du Parlement, il fait arrêter les parlementaires d’Épremesnil et Montrabert. Parallèlement, la haute noblesse, hostile aux réformes, rappelle « les lois fondamentales de la monarchie » (3 mai 1788). Face au refus du clergé de lui accorder des subsides, et face à l’hostilité générale des corps constitués, Brienne suspend les paiements de l’État et avance au 1er mai 1789 la convocation des États Généraux. Mais il est remplacé par Necker rappelé en août 1788.

Le rappel de Necker

Necker compte surtout sur la confiance dont il jouit auprès des privilégiés et cherche à rassurer : il convoque deux assemblées de notables, restaure la légitimité du Parlement, qui, bien que profondément conservateur, accepte la décision du roi de doubler la représentation du Tiers État (décembre 1788; mais l’on ne précise pas si l’on doit voter par ordre ou par tête.

Les premiers mois de 1789 se passeront dans l’agitation liée à la rédaction des Cahiers de Doléances et à la préparation de ces États Généraux. Ils s’ouvrent le 5 mai dans la contestation à propose de l’application du règlement électoral. Mais l’appel aux forces vives de la nation pour débloquer la situation dépasse ce que l’on pouvait en attendre et balaie la monarchie.

La condamnation du roi

À partir de cette date, l’histoire de la royauté s”efface derrière celle du mouvement révolutionnaire. Alors que la grande majorité des Français reste attachée au roi et semble décidée à opter pour une monarchie constitutionnelle, Louis XVI se discrédite progressivement : il mène une politique ambiguë apparaissant comme un sabotage de la révolution; on lui reproche les intrigues de la reine avec l’étranger, et la fameuse « fuite à Varennes » (juin 1791). Devenu « roi des Français. Et ne possédant plus qu’un droit de veto suspensif, il est lui-même suspendu après l’émeute des sans-culottes aux Tuileries (août 1792) et devient prisonnier de la Commune insurrectionnelle de Paris. Jugé par la Convention, il montera à l’échafaud le 21 janvier 1793.

Son second fils, Louis XVII, dauphin à la mort de son frère aîné, en juin 1789, sera emprisonné au Temple où il succombera de maladie en 1795.

Le Parlement sous l’Ancien Régime

À l’origine le Parlement est issu des Cours générales, assemblées des grands du Royaume. Au XIIIe siècle, le Parlement sera décomposé en trois chambres : la Grand Chambre, où siège le roi (lits de justice), la Chambre des Requêtes et la Chambre des Enquêtes. Appelé à juger en appel, le Parlement devient un instrument du pouvoir royal au-dessus des justices seigneuriales. Doté d’une fonction d’enregistrement et d’un droit de remontrance, le Parlement de Paris joue un rôle politique dès le XVe siècle et fait preuve au XVIIIe siècle, comme les Parlements de province d’une grande intolérance et d’un corporatisme hostile aux réformes et aux idées nouvelles, même au début de la Révolution.

L’abolition de la torture

Elle est l’oeuvre de Lamoignon de Malesherbes, ministre en 1788. Celui-ci a déjà amélioré le sort des prisonniers, suspendu l’usage des lettres de cachet, et rendu leurs droits civiques aux protestants.